Cette photo témoigne d’une amitié certaine entre sept jeunes filles, confiantes pour l’avenir et prêtes à être diplômées. Cependant quand je regarde cette photo, je ne vois que Mathilde. Quelques jours plus tard, elle était envoyée à l’hôpital avec des grandes probabilités de ne plus pouvoir se réveiller.

Nous savions qu’elle était malade mais la comprendre et l’accompagner tous les jours était difficile. Mathilde était brillante, attentive et loyale mais malade. Cela influença beaucoup de nos conversations et de nos tensions parfois. Nous ne la comprenions pas dans son anxiété et son combat. C’était tellement profond qu’elle n’était plus elle-même. Nous étions si loin de savoir de ce qui se passait juste à côté de nous. Aujourd’hui, j’aurais aimé être plus proche d’elle, j’aurais aimé lire ces quelques lignes, avoir les mots justes, comprendre mieux sa maladie. 

1 mètre 62 pour 29 kilos indiquait la balance . À 19 ans, Mathilde était tombée dans le cercle infernal et vicieux de l’anorexie mentale. Cependant, ce bout de femme est le témoignage incroyable d’un courage inébranlable. L’écriture de son livre avance, il relate son histoire. Aujourd’hui, aussi belle que confiante, elle continue de se battre quotidiennement et partage ce qu’elle vit à travers son blog. Merci ma chère Mathilde de prendre la parole ici:

Elle raconte.

« Le corps n’est pas une simple enveloppe. Il est actif et marche avec l’esprit et l’âme. Il faut savoir que ces troubles sont exponentiels, affectant de plus en plus de personnes, femmes et hommes, de plus en plus jeunes. Pour autant, il existe encore énormément de tabous.

Avant d’être moi-même atteinte d’anorexie mentale, je considérais que les anorexiques étaient uniquement des filles qui se faisaient vomir juste pour chercher à être belle et mince. Dans cette croyance que j’avais, je commettais trois erreurs.

· La première était de croire que cette maladie ne touchait que les femmes.

· La deuxième faute était de penser qu’une anorexique se fait vomir. Beaucoup de patients passent uniquement par la restriction, c’est-à-dire qu’ils ne s’alimentent pas correctement. D’ailleurs, cette restriction peut être exclusivement mentale. C’est-à-dire qu’un.e anorexique n’est pas forcément maigre, ce n’est pas inéluctablement visible physiquement. Une personne avec un poids convenable peut être anorexique, car la restriction est cognitive, la torture se produit donc dans sa tête.

· Enfin, la troisième erreur était de penser que l’anorexique veut juste être belle et mince. C’est totalement faux. La nourriture et la silhouette sont les parties apparentes de la maladie. Mais les problèmes, les causes du trouble sont tellement plus profondes et souvent très compliquées à trouver. C’est pour cela que c’est aussi difficile d’en sortir. »

Qu’en sera t-il demain? 

« Je connais encore des personnes de mon entourage qui ne comprennent pas les troubles alimentaires, qui n’ont pas conscience de la gravité, quand bien même ils m’ont vu en souffrir pendant quatre ans, hospitalisée plusieurs mois, et ce, deux fois de suite. Encore aujourd’hui, lorsque j’en discute, j’entends de temps en temps des phrases qui me sidèrent :

« Moi je suis trop gourmande et grosse pour être anorexique ! », « C’est surtout pour attirer l’attention », « Ce sont des caprices d’adolescents », « Ce n’est pas si compliqué, il suffit de manger. »

Non!

Nous avons beau avoir toute la volonté du monde, parfois nous ne réussissons pas à lutter contre ce démon qui dévore nos pensées, contre cette petite voix qui nous dicte de ne pas se nourrir. Les personnes atteintes de troubles du comportement alimentaires ne manquent pas de courage. Ce n’est pas qu’elles ne veulent pas guérir, c’est qu’elles n’y arrivent pas. En mai 2017, je me suis retrouvée à quelques heures de la mort avec un intestin qui s’était arrêté de fonctionner. Le prochain organe qui allait lâcher aurait pu être le foie, ou le cœur.  Mais j’ai eu la chance d’être prise en charge à temps en réanimation. Après trois mois d’hospitalisation, j’en étais sûre : j’allais guérir, j’allais achever la maladie ! Et pourtant, six mois plus tard, je reposais mes valises dans une nouvelle chambre d’hôpital. »

Sensibiliser pour mieux guérir 

« Je souhaite que mon récit puisse vous sensibiliser vous, pour que vous puissiez être en alerte face à un comportement suspect d’un de vos proches. Ou peut-être simplement pour vous, qui avez déjà une relation conflictuelle avec l’alimentation. Car le plus souvent, la maladie s’installe insidieusement. La personne ne se sent pas malade, et pire, elle éprouve un sentiment de puissance, de bien-être et de fierté qui la pousse à poursuivre sur sa lancée.

 Me concernant, alors que j’étais dans un déni total, la maladie avait pris possession de mon corps depuis déjà quatre mois. Et c’est à ce moment-là que j’affirmais ne m’être jamais sentie aussi bien, aussi confiante dans ma vie. Au début, nous avons l’impression de tout contrôler. 

Lorsque je suis entrée en réanimation, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. La veille j’étais encore en train de travailler et là je me trouvais alité à l’hôpital, à ne plus avoir le droit de me lever. » 

L’espérance adoucit toutes les peines. 

« Et puis après des mois d’hospitalisation, une longue thérapie qui ravive tes plus grandes blessures et énormément de temps, j’ai fini par en sortir, mais pas indemne malheureusement. Je suis toujours vulnérable face aux problématiques de poids et de nourriture. Mais j’ai réussi à me relever, à aimer vivre à nouveau, à retrouver mes amis et ma famille. Je suis parvenu à gagner le plus gros combat de ma vie. Si vous êtes une personne atteinte de trouble du comportement alimentaire, je vous assure que guérir est possible. Et je suis certaine que vous vous en sortirez, peu importe si la maladie vous ronge depuis des mois ou des années. »

Je remercie Mathilde de m’avoir offert une belle leçon d’humilité et de bienveillance. Elle m’a appris le courage, la force de vivre et le surpassement de soi. Peu après notre rencontre, je me souviens de son anniversaire et la classe entière avait décidé de le fêter dignement. Mathilde avait été particulièrement sensible à ce geste et ne cessait de nous répéter sa joie. Aujourd’hui, je me dis qu’il est toujours possible de toucher quelqu’un autour de nous, de lui témoigner du soutien surtout quand il traverse des moments durs. Nous n’imaginons pas l’impact que cela peut avoir. Nous avons le pouvoir d’influencer, utilisons-le, soutenons-nous!

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